Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac STMG Métropole 2016

Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac STMG Métropole 2016

Notre professeur de Philosophie a rédigé pour vous le corrigé du sujet 1 de Philosophie du Bac STMG 2016. Cette correction est valable pour tous les Bac Technologiques.

Vous trouverez tout d'abord une rapide présentation et analyse du sujet avant d'aborder un plan détaillé répondant à la problématique du sujet 1 de philosophie du Bac STMG 2016 : "Pour être juste, suffit-il d'obéir aux lois ?"

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Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac STMG Métropole 2016

Le contenu du document

 

POUR ETRE JUSTE, SUFFIT-IL D’OBEIR AUX LOIS ?

Notion en jeu : la justice.

 

AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…

 

PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? », a trait à une notion classique du programme de terminale techno, la justice. Il va s’agir ici de se questionner l’essence même de la justice : la justice se confond-elle avec le légal, s’épuise-t-elle dedans, ou se trouve-t-elle ailleurs.

Ce sujet est donc à portée juridico-morale : il questionne quant au lien existant entre la justice et le droit, lien suffisant ou non.

À noter que ce sujet est pleinement réfléchi dans le cours des séries technos que DigiSchool vous propose sur ‟La justice et les lois”, dont la problématique est précisément centrée sur la justice légale ou autre que légale.

 

ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.

 

1. Définition des termes

• suffit-il : le verbe ‟suffire” consiste à se demander s’il est nécessaire et suffisant. Autrement, se demander s’il suffit d’obéir aux lois pour être juste, c’est se demander si le légal est la condition nécessaire et suffisante du juste, son critère.

• obéir : respecter, se soumettre à.

• lois : la loi, au sens juridique du terme, est une règle qui pose la norme du droit et qui s’impose à tous. En effet, nul n’est censé ignorer la loi. C’est à partir d’elle que les hommes vivant au sein d’une société donnée savent d’une part ce qu’il leur est permis et défendu de faire, et d’autre part ce qu’ils risquent s’ils ne respectent pas la loi

• pour : marque la finalité, le but, synonyme d’afin.

• être juste : réfère à la grande notion de justice. La justice est une institution chargée d’appliquer le droit, de faire respecter la loi et de réparer les torts subis par les victimes de l’injustice. C’est aussi une vertu morale. Donc deux sens :   1) la justice est d’abord un sentiment subjectif dans le cœur de l’homme, et une disposition de l’âme, une vertu ; 2) c’est aussi une institution, le pouvoir judiciaire, les lois. Il fallait évidemment ici faire jouer ces deux sens, le sujet ne retenant que le sens légal et négligeant le sens moral.

 

2. Mise en tension du sujet et problématisation

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.

 

Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

• sujet : pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? 

• réponse évidente : oui, a priori il suffit d’obéir aux lois pour être juste. En effet, le droit, au travers des lois, et ce qui semble fonder et instaurer la justice, qui sans ce dernier ne serait que subjective, donc non valable, sinon inexistante.

• réponse opposée, qui réfute la première réponse, ou en montre les limites : pourtant, qui me dit que la justice s’épuise dans les lois ? Comment penser que cela est possible, puisqu’au fondement même des lois il y a bien des décisions terrestres et humaines, forcément plus ou moins arbitraires. Comment une valeur telle la justice pourrait-elle se réduire au légal ? Et puis n’y a-t-il pas d’ailleurs des lois tout à fait injustes ? À quel titre penser leur injustice ?

↳ La tension est ici sensible : soit pour être juste il suffit d’obéir aux lois, soit cela ne suffit pas et il faut autre chose (mais quoi ?).

 

Cela amène alors la problématique : est-il possible que la justice s’épuise dans le légal, y trouve-t-elle sa définition complète ? Considérer les choses ainsi n’est-ce pas dangereux et cela n’incite-t-il pas à une obéissance aveugle aux lois qui pourrait être tout à fait néfaste ? La justice ne doit-elle pas supposer un minimum d’esprit critique, ou de vertu morale, pour exister sans que cela soit sur le mode du chantage légal. La justice, une des vertus cardinales, ne se trouverait pas dans les lois seulement de façon négative ?

 

PROPOSITION DE PLAN

I. Oui, pour être juste il semble bien qu’obéir aux lois soit suffisant, au sens où c’est par le droit et les lois que la justice s’instaure

1. Justice et nature

On oppose ici la nature et la loi, la convention. La loi est donc quelque chose d’artificiel, de non fondée en nature. La justice se situe donc a priori du côté de la loi humaine et non de la nature. Et d’ailleurs, la justice n’a-t-elle pas été instaurée précisément pour dépasser les inégalités de nature ? Si.   

Et cela signifie d’ailleurs tout simplement que la justice est humaine, culturelle. Là où la nature ne connaît que des rapports de force et n’est que physique, seul l’homme, être doté de raison, être mi-naturel mi-culturel, est capable d’argumenter, de raisonner. C’est la grandeur de l’homme que d’ériger la justice contre la nature, et ainsi d’affirmer, encore contre la nature, que le fort et le faible ont même valeur et qu’ils ont les mêmes droits. Et c’est la marque de sa misère, tout humaine soit-elle, que d’avoir besoin de lois pour faire exister cette exigence. Car seuls les sages, sans doute, sont justes spontanément.  Cf. mythe de l’anneau de Gygès, raconté par Platon dans La République, qui montre que les hommes ne sont jamais justes de leur plein gré. Gygès est un berger, il trouve un anneau d’or et s’aperçoit qu’en tournant le chaton de sa bague à l’intérieur de sa main, il devient invisible. Ainsi devenu invisible, le berger se rend au palais, séduit la reine, tue le roi et conquiert le pouvoir. Il y a là une sérieuse raison de penser que personne n’est juste de son plein gré, mais par contrainte, parce qu’on nous voit agir mal et que cela est passible de peine. Cf. Hobbes, des siècles après Platon, qui soutient également la thèse selon laquelle les notions de juste et d’injuste, de bien et de mal, n’ont aucun sens dans l’état de nature. Chacun, dans l’état de nature, défend son droit par la force et la ruse. Et c’est finalement la violence et la menace que cela fait peser sur leur vie qui conduisent les hommes à faire un contrat social, et ce faisant à accepter de se soumettre à un pouvoir fort, capable de les contraindre au respect des lois qu’il édicte. La justice pour Hobbes advient dans l’état social, et n’existe pas à l’état de nature. Elle n’existe par contre que pour lutter contre le déchaînement des passions et des forces présent à l’état de nature. De sorte qu’on ne peut à proprement parler de justice et d’injustice que dans l’état social.   

 

2. La justice contre le droit du plus fort et contre la vengeance

La justice interviendrait donc pour pallier à ce que l’on appelle, de manière fortement oxymorique, le « droit du plus fort ». Oxymorique, parce que seule la force ne peut fonder le droit. Suivant la célèbre formule décrivant les hommes entre eux à l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme »  (Léviathan), Hobbes soutient avec vigueur que la violence est la condition des hommes avant l’établissement des lois.  « Il apparaît clairement qu’aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition que se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun. » Mais il affirme que cette violence n’est ni juste ni injuste, car c’est la loi qui pose le juste et l’injuste. Finalement il n’existerait pas de justice sans les lois. Une telle conclusion peut paraître rude à ceux qui veulent croire en la bonté de l’homme... ! 

C’est seulement après l’établissement des lois, émanant d’un pouvoir commun auquel les hommes acceptent, après une convention, de se soumettre, que les actions peuvent être jugées justes ou injustes, c’est-à-dire légales ou illégales. Le juste et le légal sont ici confondus.  

La vengeance a été tenue comme la base naturelle de la justice. Les États, anciens ou modernes, ont toujours lutté contre cette tentation pour les individus de se faire justice eux-mêmes. Pourquoi ? La vengeance, même sous la forme de la loi du talion, est-elle contradictoire avec l’idée même de droit ? Peut-on, en se vengeant, se faire soi-même justice ? Non, nous dit Hegel (Principes de la philosophie du droit, §102), car en nous vengeant, nous ne ferions qu’accomplir la même injustice que nous avons subi. Et nous écroulerions les prétentions universelles et rationnelles de la justice dans un sentiment subjectif et passionnel contraire à la justice.  Hegel évoque notamment la « loi du talion », qui équivaut à notre proverbe « œil pour œil, dent pour dent », châtiment qui consiste à infliger au coupable le traitement qu’il a fait subir à sa victime. Punition injuste, car duplicata du tort subi. Et solution injuste car irrationnelle puisque violente. Donc violation du droit. Pour faire justice, il faut donc impérativement, pour Hegel, en passer par le droit et la justice institutionnelle.  

 

3. Que la justice et le droit se confondent : deux mots pour un seul et même terme

Cf. ici l’étymologie du mot ‟droit”, jus, et l’étymologie du mot ‟justice”, judicare, qui signifie ‟dire le droit”. Outre des mots qui à l’origine sont les deux branches d’un même terme, qui sont synonymiques, il apparaît qu’il suffit bien d’obéir aux lois pour être juste, puisque les lois sont ce qui fonde et instaure la justice.

↳ Il suffit d’obéir aux lois pour être dans la justice… comprise comme légalité. Mais la légalité suffit-elle à épuiser le sens de la justice ? Suffit-il qu’une loi soit légale pour être juste ? La loi est-elle suffisante à elle seule pour définir la justice ? Doit-on identifier le juste et le légal ou bien existe-t-il une justice indépendante des lois, sur laquelle celles-ci devraient se régler ?  

 

II.  Finalement, il ne semble pas si évident que cela qu'il suffise d'obéir aux loins pour être juste, le légal pouvant mener à de l'injustice.

1. Loi et égalité, ou la forme de la justice insuffisante dans ses conséquences

La justice c’est d’abord l’égalité. À l’inverse, la justice serait l’inégalité. La loi en effet est valable pour tous et s’applique à tous avec une égale rigueur. La loi se distingue ainsi du règlement qui ne concerne qu’une communauté restreinte (école, armée) ou du simple décret qui touche les circonstances particulières de l’exécution d’une loi. La loi au contraire est générale et les hommes devant elle sont égaux. Mais qu’est-ce que l’égalité l’égalité serait peut-être au final bien plus un problème qu’une réponse.  Et l’on peut même penser que la loi, étant la même pour tous, en cela est injuste, car elle pèche de sa généralité : elle ne tient pas compte des cas particuliers qui ne peuvent être prévus par elle. C’est pourquoi il faut faire preuve d’équité et interpréter la loi en remédiant à ses lacunes. Cf. justice corrective et justice distributive, Aristote, Ethique à Nicomaque : la justice corrective pose l’égalité dès le départ : entre personnes supposées égales, il est juste que le partage soit égal, la justice distributive donne au contraire à chacun la part proportionnée à son mérite, il serait ainsi injuste de donner autant à l’homme méritant qu’à celui qui vaut moins, elle est basée non plus sur le principe d’égalité mais sur le principe de proportionnalité. 

 

2. Loi et équité, la justice adaptée contre l’injustice de la généralité

Le caractère d’universalité de la loi est à la fois une exigence morale et une nécessité technique. C’est ainsi souvent au moment de son application concrète qu’on s’aperçoit des défauts d’une loi. Si la loi, de par sa nature même, est générale et stable, il n’en va pas de même des hommes qui en tant qu’individus, ne sont pas identiques, sans parler des temps et circonstances qui peuvent changer. C’est pourquoi la justice, si elle est appliquée à la lettre, peut être injuste. 

Alors, la loi seule ne suffit pas à définir le juste et l’injuste. En effet, le problème que soulève le formalisme de la loi, son obsession pour l’égalité, peut la rendre injuste. La loi, même en restant formellement juste, c’est-à-dire en respectant la forme de l’égalité, peut décider d’un traitement inégal des individus qui y sont également soumis. Face à la généralité de la loi et à son formalisme, qui la pousse à être injuste, il faut prendre des dispositions qui pondèrent ces effets néfastes de la loi. On parle alors d’équité. Les circonstances d’un cas peuvent être telles que l’application de la loi à la lettre en contredirait l’esprit. Pour rendre justice, le juge doit alors interpréter la loi. L’équité est une forme de justice supérieure à celle qui se contenterait d’appliquer la loi.

 

3. Le légal et le légitime, le droit de résistance au légal et le devoir de désobéissance civile

La loi, la simple et pure loi, donc, n’est pas forcément juste. La justice donc ne peut être entière résorbée dans la loi. Il ne suffit donc pas d’obéir à la loi pour être juste. Mais alors, à quelles conditions est-il juste d’obéir aux lois ou encore au nom de quoi peut-on juger de la justice des lois ? Il faut avoir un certain recul et un regard critique sur cette dernière, ainsi qu’une jurisprudence toujours apte à l’adapter selon les cas particuliers qui se présentent et qui ne peuvent pas se cantonner dans une généralité trop arbitraire. Il faut alors faire intervenir la notion de légitimité, de ce qui est juste moralement, et non plus légalement. La justice se trouverait donc dans une composition entre la légalité et la légitimité. En faisant l’économie de la distinction entre le légal et le légitime, ne risque-t-on pas, d’ailleurs, de justifier toute action, même la plus injuste ?  C’est en s’appuyant sur l’argument du légalisme que les avocats des criminels nazis ont tenté de les défendre au cours du procès de Nuremberg. Hannah Arendt met bien cela en évidence dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem : ce dernier a fait massacrer, sous le Troisième Reich, des milliers de Juifs, il a commandité leur mort, mais selon ses propres mots au tribunal, il n’a rien fait de mal puisqu’il s’est contenté d’obéir aux lois du Troisième Reich, servile fonctionnaire d’État. La seule chose qu’il a fait de mal et qui a conduit au génocide de milliers de personnes et à un crime contre l’humanité, ça a été précisément de ne pas désobéir à la loi, de n’avoir aucune notion de ce qu’il est légitime de faire ou non, malgré ce que le légal nous dit de faire. S’il y a un devoir d’obéissance aux lois, ce devoir s’écroule dès lors qu’une loi n’est plus légitime, on doit alors faire passer devant notre droit de résistance, de désobéissance civile. La désobéissance civile, cela consiste à ne pas obéir à la loi, à ce qu’on appelle le droit positif, lorsque l’on considère qu’ils sont injustes. Il s’agit alors d’obéir bien plutôt au droit naturel, à notre sentiment intérieur de justice. 

 

↳ La légalité définit-elle toute la justice ? Non. Non car la légitimité désigne un second sens fondamental de la justice. Non pas la loi, mais la justification de la loi.  Reste alors le problème de savoir sur quoi fonder cette légitimité : sur un sentiment de justice, par définition variable et relatif ?   

 

III. La vraie justice au-delà des lois : la justice comme vertu, non pas légale mais morale

1. La justice comme vertu et non comme obéissance à la loi

L’homme juste, c’est d’abord celui qui agit avec justice spontanément, sans contrainte, qui possède la vertu de justice, comme une seconde nature. La justice est d’ailleurs comptée parmi les vertus cardinales que sont la tempérance, le courage et la sagesse. Pour les philosophes antiques, la vertu est une disposition à faire le bien qui concourt à la vie bonne.  Nous aurions donc tous la capacité à être justes indépendamment des lois, mais la loi serait là pour stabiliser une notion de justice universelle, valable pour tous. Elle serait là pour garantir une certaine justice (d’où le contrat social), afin que nul ne pâtisse d’injustices si jamais certains individus décidaient de ne pas être moraux. L’idée de justice naturelle est aussi née de cette exigence de trouver un fondement à la justice, antérieur et supérieur aux lois positives, par rapport auquel elles puissent être jugées justes ou injustes.   

 

2. Droit positif (lois, conventions) et droit naturel (justice naturelle, morale)

Il existe donc bel et bien une justice naturelle, morale, au-delà de la justice de la loi et des conventions. En philosophie, nous opposons alors le droit positif, le droit issu des lois et des conventions, et le droit naturel, issu de nos devoirs moraux. Droit positif = lois = légalité et droit naturel = morale = devoir = légitimité.   Cf. le mythe d’Antigone de Sophocle : Athènes est dirigé par l’oncle d’Antigone, Créon ; la loi de la cité impose qu’un criminel envers la patrie n’ait pas de sépulture à sa mort ; les deux frères d’Antigone s’entretuent, l’un des deux n’a pas de sépulture, étant considéré par Créon comme criminel envers la patrie ; Antigone refuse d’obéir aux lois et enterre son frère ; elle est punie pour désobéissance aux lois, et voici ce qu’elle dira à son oncle : « J’ai désobéi à la loi car ce n’était pas la justice et je ne pensais pas que tes décrets à toi fussent assez puissants pour permettre à un mortel de passer outre d’autres lois, des lois non écrites, inébranlables, qui ne datent pas d’aujourd’hui, ni d’hier, et dont on ne sait le jour où elles ont paru » ; Antigone oppose ainsi aux lois qu’ont fait les hommes, aux lois conventionnelles donc, des lois qui s’imposent à nous si l’on sait écouter la voix de notre conscience, des lois naturelles. Cf. le grand débat dans l’histoire de la philosophie pour savoir si la justice nous est naturelle, d’ordre moral, et innée en nous, ou si elle nous est imposée de l’extérieur, si elle est conventionnelle, d’ordre légal, acquise. Cf. le jusnaturalisme qui considère que le droit naturel fonde ou devrait fonder le droit positif. Pour lui, le droit positif repose sur le droit naturel, qui lui sert tout ensemble de fondement, de mesure et de limite, et la loi suprême de toute loi positive est qu’elle ne soit pas contraire à la loi naturelle. Pour les défenseurs du droit naturel, la justice n’est pas issue des lois, elle est au contraire ce que les lois doivent respecter pour être justes : « Dire qu’il n’y a rien de juste ni d’injuste que ce qu’ordonnent ou défendent les lois positives, c’est dire qu’avant qu’on ait tracé le cercle tous les rayons n’étaient pas égaux » Le jusnaturalisme entre donc en opposition avec le conventionnalisme juridique qui voit dans l’institution le fondement du droit.    

 

3. Le devoir et la conscience morale

On doit distinguer deux types de devoir :  

- ce que l’on doit faire, qui nous est imposé par la société et les lois (payer ses impôts, ne pas frauder dans le métro, etc.) 

- ce que l’on se doit de faire, qui provient de notre conscience morale (ne pas penser du mal de quelqu’un, ne pas commérer, être juste envers les autres quoiqu’il arrive, etc.) 

Cette distinction dans le devoir distingue là encore le devoir légal du devoir moral. Mais il va s’agir ici de comprendre pourquoi nous pouvons avoir des devoirs moraux indépendamment des devoirs légaux, pourquoi donc certains penseurs défendent l’idée selon laquelle la justice est avant tout affaire de conscience morale. 

Il apparaît que c’est parce que nous sommes des êtres doués de raison que nous avons une conscience morale. Cela ferait partie de notre nature : parce que nous sommes des êtres rationnels, nous sommes des êtres raisonnables. Notre raison aurait ainsi deux dimensions, l’une qui nous pousserait à connaître, dimension rationnelle, épistémologique. L’autre qui nous pousserait à être justes, sages, droits, etc., dimension raisonnable, morale. Notre conscience morale donc serait entièrement issue de notre raison.  Cf. Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, le devoir moral est un « factum rationi », un « fait de la raison ». Lorsque nous nous devons de faire quelque chose, nous dit-il, c’est parce que nous avons une loi morale en nous, une loi naturelle, dans notre for intérieur, qui nous oblige à agir convenablement. C’est une obligation parce que l’être humain étant à la fois naturel (son corps, ses penchants, ses passions) et spirituel (sa raison, son intellect), la loi morale n’est rien d’autre que la raison qui contraint le corps, notre côté naturel, à être droit, qui le soumet donc à la rationalité. Mais c’est nous, individus personnels, qui choisissons de nous soumettre à l’obligation de notre loi morale. Cela n’a rien à voir avec la contrainte des lois de l’État, où nous n’avons pas le choix, ce sans quoi nous sommes punis. Avec la loi morale c’est un dialogue entre moi et moi qui s’opère : je suis absolument libre de choisir d’agir justement, et en tant qu’être rationnel il est même de ma nature de le faire, je dois donc toujours obéir à la loi morale qui est en moi pour agir dignement et ne pas mettre en péril l’humanité qui est en moi, et l’humanité autour de moi. Dans la conscience morale, nous parlons donc d’ « autonomie », c’est-à-dire que nous nous donnons à nous même nos propres lois, des lois morales et non juridiques. 

 

CONCLUSION

Nous voyons donc ici à quel point, un être juste apparaît comme un être décidant par lui-même, en toute autonomie, d’être juste, par devoir moral, par souci de légitimité. Pour être juste, il faut donc sans doute être vertueux et ne pas se contenter d’obéir aveuglément aux lois, au droit, au légal. Parce que la justice, avant d’être une institution obligeant ceux qui ne sont pas vertueux à être justes un minimum, est une vertu.   

Fin de l'extrait

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